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Art Zenkawi

Le nouveau QG du street art algérois


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C’est sur les hauteurs d’Alger, loin de l’effervescence de la ville, entre les oliviers sauvages et les murs en béton, que de jeunes artistes ont fait murir leur projet Art Zenkawi, expression qui signifie street art en dialecte algérien.

Ain Zebboudja – de Zebboudj, l’olivier sauvage – était encore voici quelques semaines un terrain vague entouré de béton et d’arbres où s’amoncelait des piles de détritus. C’est une sorte de cul de sac situé à Telemly, l’un des rares quartiers tranquilles sur les hauteurs d’Alger centre, loin des grands magasins, des administrations et du bruit assourdissant des voitures.

Les initiateurs du projet Art Zenkawi ont fait de cette friche leur espace de création. Parmi eux, Chafik alias El Panchow explique le but de l’initiative: « On admire ce que réalisent les graffeurs dans les autres pays arabes comme le Liban ou l’Egypte mais ce n’est pas le cas en Algérie. Le potentiel existe mais chacun travaille de son côté, dans l’indifférence.» Art Zenkawi se veut d’abord un lieu de rencontre autogéré pour les graffeurs de la capitale.

Etudiants en art, passionnés de peinture ou curieux se retrouvent à Ain Zebboudja, tous les jours depuis plusieurs mois, jusque tard dans la nuit, pour peindre sous la lumière de vieux lampadaires : « On voulait remplacer la grisaille des murs en béton par des couleurs vives», glisse Chafik, qui est diplômé des beaux-arts.

Les membres du groupe aiment répéter qu’ils veulent faire de ce lieu un espace d’expression libre. Pas de censure pour les sujets choisis; chacun peint ce qu’il veut du moment que l’œuvre n’est pas trop provocatrice, concernant les questions religieuses ou sexuelles notamment. Les initiateurs aimeraient que le projet se développe et inspire d’autres villes du pays. Des artistes de Constantine, Bejaia et Souk Ahras ont déjà contacté le groupe pour venir peindre leurs œuvres sur les murs de Ain Zebboudja. Il pourront ensuite diffuser l’esprit Art Zenkawi dans les rues de leurs villes d’origine.

Chafik s’était lancé le premier, il avait peint son chien Rex sur l’un des murs. Son fidèle compagnon est mort peu après. Il a donc décidé de rajouter «  RIP » juste à côté du graffiti. D’autres préfèrent s’inspirer des lieux, comme Mahdi Boubekeur qui a peint un arbre en train de mourir à cause du béton qui l’encercle, faisant aussi référence aux nombreux immeubles construits dans la capitale en lieu et place d’anciens espaces verts.

Cette animation soudaine a laissé un peu perplexe les habitants du quartier. Mais très vite, ils ont apporté leur soutien aux tagueurs après avoir compris le but de leur initiative. Certains y vont même de leurs propositions. Chafik raconte qu’on lui demande souvent de dessiner le drapeau algérien, ou « Je suis Mohamed » en réponse à « Je suis Charlie ». En ironisant, il rétorque : « Pourquoi je dessinerais, je suis Mohamed, alors que je suis Chafik ! »

Les responsables de la commune d’Alger, qui ont entendu parler de l’activité du groupe Art Zenkawi, sont allés à leur rencontre pour exiger qu’ils fournissent une autorisation. Une simple visite de formalité en fin de compte, puisque les jeunes artistes continuent de peindre sans être dérangés ou interpellés par les forces de l’ordre. « Les gens jettent des ordures ici sans autorisation, j’ai envie d’embellir le lieu, pourquoi j’aurais besoin d’autorisation ? Ce n’est pas logique. le principe du graffiti est de peindre librement, donc je continuerai dans cet esprit  là », soutient Chafik avec vigueur.

Le groupe n’hésite pas à accueillir régulièrement des néophytes, des jeunes intéressés par la pratique du street art. Sarah, une jeune algéro-allemande de 22 ans, dessine assidument sur le mur une représentation du Grand Schtroumpf dont la barbe blanche un peu plus longue que celle du personnage original de Peyo. « Cela fait deux mois que je suis en Algérie, je me suis dit qu’à quelques jours de mon retour en Allemagne je devais laisser une trace de mon passage, déclare-t-elle. Je ne sais pas dessiner mais les membres du groupe m’ont encouragée à venir peindre avec eux. »

Sarah a découvert Ain Zebboudja grâce à la page Facebook du groupe Art Zenkawi. « Les réseaux sociaux ont beaucoup aidé à faire connaitre le projet mais c’est surtout le bouche à oreille qui nous permet de donner vie au nouveau quartier général du street art à Alger », remarque Chafik.

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