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Heureusement que le temps passe

Un documentaire sur la vie de Madjid

CultureSociety

La formation Bejaia Doc créée par la documentariste Habiba Djahnine permet à de jeunes Algériens de s’exprimer sur leur société à travers un premier film. Focus sur « Heureusement que le temps passe », documentaire de Ferhat Mouhali, diplômé en sciences économiques et comédien à Bejaia.

Madjid a 26 ans et tout pour réussir. Après avoir obtenu une licence de gestion à l’Université de Bejaia, le jeune kabyle travaille pour une entreprise étrangère installée dans la cité bougiote. Le 3 mars 2010, il assiste au match Algérie/Serbie. Un accident de voiture sur le chemin du retour l’envoie à l’hôpital de Tizi-Ouzou. Dans les premiers jours, et alors qu’il est paralysé à 80%, il n’est pas opéré. Sur sa tête, sa blessure n’est pas recousue correctement et s’infecte rapidement. Pendant ses huit mois d’hospitalisation, des escarres se développent sur ses côtes, ses genoux. Madjid récupère mal de son accident, sa paralysie s’aggrave du fait de soins déficients. Transféré à l’hôpital Azur Plage d’Alger, réputé meilleur centre de rééducation du pays, il décide sept mois plus tard de rentrer chez lui, lassé de l’absence d’amélioration de son état. Aujourd’hui, ce sont ses amis et sa famille qui s’occupent quotidiennement de lui.

L’histoire de Madjid, somme toute banale en Algérie, son ami Ferhat Mouhali l’a captée à travers son documentaire « Heureusement que le temps passe ». Ex-secrétaire général de la section de Bejaia de l’association nationale RAJ (Rassemblement Actions Jeunesse), militant pour l’amélioration des droits des étudiants et pour la cause kabyle, le jeune homme de 25 ans fait partie de la promotion 2011 de la formation Bejaia Doc. « J’étais tous les jours avec Madjid à l’hôpital et toutes les scènes que j’y ai vu m’ont révoltées?, raconte-t-il. On ne peut pas se battre dignement pour l’emploi ou le logement et laisser passer ce genre de choses… N’importe quel Algérien a droit à des soins de bonne qualité, c’est une question de vie ou de mort. »

Durant une vingtaine de jours, Ferhat filme Madjid. Bloqué sur son lit d’hôpital, en train de rire dehors avec ses amis ou de tenter de dessiner malgré ses mains paralysées. Pas de pitié dans ces images, juste la vie au quotidien d’un jeune homme handicapé par son corps et le système hospitalier de son pays. « Ce n’est pas seulement l’absence de soins qui est révoltante, c’est comme si l’Algérie l’avait trahi, ajoute Ferhat. Comme si on lui disait : « Reste dans ton lit et tais-toi ! ». J’ai voulu dénoncer cela, mais aussi montrer que Madjid reste combatif et positif face à ce qui lui arrive. » On voit ainsi le jeune homme faire du foot avec son ami en fauteuil roulant ou lui faire la rééducation sous le nez d’une infirmière indifférente. « J’ai choisi de me mettre en scène avec lui car on se bat ensemble. Madjid est à l’aise quand je suis à ses côtés, je ne pouvais pas le laisser tout seul face à la caméra. » Ce dernier s’en empare dans une des séquences les plus fortes du documentaire. La caméra sur les genoux, Madjid choisit de zoomer sur une des horloges de l’hôpital. Et d’expliquer son choix à Ferhat : « Tu sais, je veux filmer ça, car heureusement que le temps passe… et nous passons avec lui. »

Première œuvre forte, « Heureusement que le temps passe » est projeté ce week-end lors du Forum international des jeunes de quartiers du monde, festival international de documentaire situé à Salé au Maroc. Il sera également diffusé dans les mois prochains en France avec les autres films de la promotion 2011 Bejaia Doc. En attendant, Ferhat Mouhali réfléchit à un nouveau documentaire axé sur l’analyse d’événements qui ont marqué l’histoire de l’Algérie. « Ce film m’a permis de militer différemment, de façon autonome, conclut le jeune réalisateur. J’espère continuer ainsi. »

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