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La culture en friche aux abattoirs de Casablanca

Les abattoirs de Casablanca auparavant désaffectés sont en passe d’être préservés grâce à l’intervention d’associations militantes qui luttent pour que ce lieu à l’architecture unique vive de nouveau. Le bâtiment a un style architectural surprenant: des tendances néo-mauresques clairement identifiables se mêlent à des influences Art Déco, un style caractéristique des années 30 qui a connu alors un succès indéniable dans la ville blanche (« Dar El Beïda », Casablanca, en arabe).

Dès sa fermeture en 2002, les abattoirs font donc l’objet de l’attention d’artistes tels que l’architecte Rachid Andaloussi, le peintre Mohamed Kacimi, l’architecte Selma Zerhouni et le poète Mustapha Nissabouri. A l’époque, confortés dans leur militantisme par le soutien du roi du Maroc Mohammed VI, ils créent l’association « Majazir Addar Al Baidâa » (les abattoirs de Casablanca). Les abattoirs sont alors au cœur du projet de création d’une fabrique culturelle pluridisciplinaire. Ils bénéficient, dans le même temps, d’une inscription sur la liste des monuments historiques en 2003. Mais les changements de politique communale mettent à mal le projet du fait de l’importance de l’emplacement de ces anciens abattoirs : l’idée est alors de faire de cette immense friche un espace économiquement rentable. Une idée qui va à l’encontre du projet initial. Les artistes à l’origine du projet s’en retirent donc peu à peu.

Depuis, les abattoirs, qui appartiennent à la ville de Casablanca et sont gérés par la communauté urbaine, souffrent de leur absence de statut. Ils accueillent néanmoins de multiples évènements culturels : expositions, festivals artistiques, concerts, pièces de théâtre et suscitent l’intérêt de nombreux acteurs urbains. C’est pourquoi en 2009 ils ont fait l’objet d’ateliers de réflexion pour relancer le projet de reconversion en définissant une stratégie et un programme.

Depuis, le public s’est peu à peu réapproprié l’espace qui tend progressivement à devenir une fabrique culturelle multidisciplinaire et d’avant-garde. Ouverte aux nouveaux talents, sous l’influence notamment de l’association Casamémoire, ce nouvel espace a été créé par des architectes amoureux de Casablanca, rassemblés autour de Jacqueline Aluchon, une architecte française installée au Maroc. L’association a vu le jour en 1995, poussée par la démolition de nombreux bâtiments historiques de la ville et notamment de la villa Mokri (elle a été détruite) de l’architecte Marius Boyer située dans le quartier d’Anfa.

Le bâtiment, soumis à la convoitise des investisseurs, parvient ainsi à accueillir des évènements tels que le festival des Transculturelles des abattoirs ou le Tremplin musical du festival L’Boulvart depuis la signature, entre l’association Casamémoire et la ville de Casablanca d’une convention de partenariat relative à la reconversion des abattoirs de Casablanca en site culturel en janvier 2009. Le gouverneur de la préfecture de Casablanca vient d’émettre un arrêté interdisant la destruction des bâtiments historiques, inscrits sur la liste des monuments nationaux ou en cours d’inscription, sans autorisation préalable.

L’avenir des abattoirs de Casablanca est lié à celui de la culture dans la ville blanche. La prise de conscience de l’importance de ce lieu symbolique est grandissante. Ainsi, la protection d’un patrimoine unique permettra le développement de la scène culturelle non-commerciale à Casablanca.

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