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Maroc: pour vivre heureux, vivons mariés

L’été reste la période rêvée des mariages au Maroc. Chaque nuit, les villes deviennent le théâtre de processions de tekchitas et de caftans (robes traditionnelles) scintillantes. On en oublierait presque la minorité de ceux qui choisissent de vivre sans cet adoubement sacré. Une minorité éclectique et impossible à chiffrer en raison du tabou qui l’entoure. On sait seulement qu’il s’agit d’une minorité en pleine expansion du fait des effets combinés de la pression d’une mondialisation galopante et de changements sociaux rapides.

Le concubinage constitue, selon le Code Pénal Marocain, pour un homme et une femme non mariés devant la loi, de vivre maritalement. Il représente, au Maroc une infraction passible d’un mois à un an de prison. Pourtant, la fatiha,qui constitue en pratique un acte de mariage musulman, permet en théorie à un couple de vivre en concubinage tout en obtenant un semblant de reconnaissance par la société marocaine. La récente Moudawana (Code Civil) a toutefois fixé un délai de 5 ans pour que les couples régularisent leur situation par un mariage civil, plus clair qui reste ainsi une fin en soi. Une norme sociale souvent intériorisée par les nouvelles générations.

Aussi, une jeune marocaine mariée, nous confie que vivre en concubinage aurait été impensable pour elle, car il s’agit d’un « péché » en Islam. La question ne s’est donc même pas posée. Mais si nombreux sont ceux et celles qui ne pourraient pas imaginer vivre dans cette situation, les jeunes générations tendent de plus en plus à respecter les choix d’autrui tant que cela n’a pas d’incidence sur leur propre vie. L’individualisation de la société ne cessant de s’accentuer, le jugement que les uns portent sur la vie des autres semble tendre à s’effacer malgré les quelques délations recensées par les services de police.

Lfatiha,qui constitue en pratique un acte de mariage musulman, permet en théorie à un couple de vivre en concubinage tout en obtenant un semblant de reconnaissance par la société marocaine.

Le concubinage est aujourd’hui une réalité sociale au Maroc, avec laquelle les pouvoirs publics vont progressivement devoir apprendre à composer. Pour beaucoup de citadins, il est devenu un moyen de mieux connaître l’autre avant de passer devant l’imam et ainsi de s’éviter les « cauchemars » et la « peur » provoqués par le mariage comme l’évoque une jeune marocaine. En ce sens, le contrat de mariage apparaît alors comme la formalisation administrative d’un état de fait. Pour d’autres, au contraire, il symbolise le refus de la tradition et des carcans sociétaux.

L’existence de couples non mariés civilement s’explique aussi par le fait qu’au début du XXème siècle, les marocains se mariaient par la simple récitation de la Fatiha et donc sans avoir recours aux compétences des adouls (notaires traditionnels). Cette tradition est souvent restée prégnante dans les campagnes ou dans les cas de mariages polygames. Il est pourtant rare que l’on parle dans ce cas de concubinage puisque l’entourage est alors avisé que le couple est uni par les liens du mariage religieux, malgré l’absence d’acte de mariage légal.

Les couples non mariés n’ont pas droit au livret de famille, et, à un certain nombre de pièces administratives dont la délivrance est conditionnée par la présentation de celui-ci.

Vivre en concubinage condamne les couples à rester en marge de la société, dépourvus de tous  droits en tant que couple. Il n’est ainsi pas rare que ces couples se déclarent mariés aux yeux du voisinage et portent des alliances factices. Les couples non mariés n’ont pas droit au livret de famille, et, à un certain nombre de pièces administratives dont la délivrance est conditionnée par la présentation de celui-ci.

La non-officialisation d’une relation de couple durable pose la question de la succession, puisque la concubine n’a aucun droit sur les biens de son compagnon, de même que ses enfants. Enfin, en cas de séparation, la femme n’a, en aucune manière, le droit de prétendre à une pension alimentaire pour les enfants du couple.

Pour les couples mixtes, la question se pose aussi en termes de documents de résidence. En effet, obtenir une carte de résident pour une étrangère vivant en concubinage avec un marocain est une prouesse administrative puisqu’il faut que le concubin marocain établisse une attestation d’hébergement au nom de sa compagne, et justifie par conséquent d’une situation socialement et juridiquement peu acceptable.

Il n’est pas rare que des couples se marient afin que la femme soit non seulement juridiquement mais aussi socialement protégée. Car, comme le déplore une jeune marocaine ayant longtemps vécu en France : « Si tu vis avec ton homme avant le mariage, tu es illico presto cataloguée comme “dévergondée” dans la plupart des familles ».

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