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Nora, la patronne du hammam

Nora hammam algiers

A 600 kilomètres au Sud d’Alger, à deux pas de la frontière tunisienne, se trouve El Oued, ville commerçante et chef-lieu de la population des Soufis. C’est là que vit Nora, patronne de hammam et figure du quartier. Portrait.

“Je n’aime pas trop le désert, je préfère la forêt, les rivières…” Et Nora rit. Elle a de quoi. Nora, 45 ans, est née à El Oued (appelée Oued Souf par les Algériens) et y vit toujours. Autour de la ville s’étalent les dunes du Grand Erg Oriental. Sur les toits de chaque maison, une coupole, qui permet de réfléchir les rayons du soleil et d’atténuer la chaleur. L’été, les températures atteignent facilement les 50° : “On ne peut même plus poser les pieds par terre, raconte Nora,  le sol est trop brûlant”.

“Je n’aime pas trop le désert, je préfère la forêt, les rivières…”

Ce matin, la grande maison est silencieuse : les six enfants de Lzhar et Nora sont à l’école ou à l’université. Cette dernière prend le temps de souffler : en 2002, elle a ouvert son propre hammam, situé juste au dessous de sa maison. Depuis, elle n’arrête plus : “Ce travail me fatigue beaucoup car je dois aussi tout faire à la maison. Mais j’y rencontre beaucoup de gens, les femmes viennent me parler, c’est un vrai plaisir” sourit-elle. A la mort de son père, elle a hérité de cette maison et a décidé de faire du rez-de-chaussée un hammam. C’est son mari Lzhar, architecte, qui a fait les plans : “On habite juste au dessus ! Alors comme c’est presque chez moi, mon mari me laisse travailler sans problème.”

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Calée dans son fauteuil, Nora prend le temps de discuter, et en français. Membre d’une fratrie de neuf filles, elle a étudié cette langue dans l’espoir de pouvoir l’enseigner mais a dû s’arrêter après son mariage en 1987. “A l’époque, il y avait encore moins de crèches que maintenant, donc je n’avais pas le choix, précise-t-elle. Et puis, avant, une femme qui travaillait, personne ne voulait se marier avec elle. Maintenant, c’est le contraire. Avec le chômage, les hommes recherchent avant tout une femme qui travaille, surtout si elle est enseignante. Pour la stabilité de son salaire.” La réalité économique a eu raison des principes des familles conservatrices de la région : “Les hommes ont besoin de l’argent des femmes”, souffle Nora.

La patronne n’en finit plus de raconter les voyages qu’elle a fait à Damas et en Tunisie. Son souhait : revenir en France, un pays qu’elle a visité dans les années 80. A cette époque, elle était amie avec des professeurs de français coopérants, qui ont plié bagage au début des années 90. “Après le terrorisme, tout le monde a quitté l’Algérie. Ici, il y avait des journalistes, des intellectuels… On ne les a plus jamais revus”, regrette-t-elle.

“Les hommes ont besoin de l’argent des femmes”

Son visage se durcit lorsqu’elle évoque cette période pendant laquelle sa famille a dû se barricader, nuit et jour. Nora se souvient : “A ce moment-là, je n’invitais plus chez moi des gens que je ne connaissais pas. On est devenu très méfiants, on ne savait pas qui nous visait ! Tous ces morts pour rien…” Nora attribue la fin du terrorisme au président Bouteflika, dont elle a affiché le portrait à l’entrée de son hammam. Une pratique courante dans le pays, où l’on retrouve cette photographie placardée dans nombre de magasins.

Nora se lève, va chercher du thé et balaye de la main les mouches qui commencent à envahir le salon. En ce début de saison des dattes, elles sont légion. Nora explique, pensive : “Je n’aime pas trop le désert, mais il y a quelque chose qui m’attire ici. Mis à part la chaleur qui est terrible en été, la vie y est très simple, on n’a pas beaucoup de problèmes.”

“Il y a quelque chose qui m’attire ici. Mis à part la chaleur qui est terrible en été, la vie y est très simple, on n’a pas beaucoup de problèmes.”

Il est bientôt midi. Lzhar rentre du travail et les enfants de l’école. L’animation gagne la maison. Les filles s’occupent de la cuisine. Nora doit descendre au hammam qui reste ouvert toute la journée. Ses amies etautres clientes l’attendent. Au fil des années, et grâce à son écoute, elle est devenue leur psychologue officieuse.

Au dehors, les rues se vident petit à petit. Une nouvelle après-midi dans le désert commence.

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Ce texte a été publié en premier sur le blog Fatea 

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