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Rock isn’t fun

Une aprèm au son des gratteux algérois

De loin, l’imposante structure rouge semblant faite de plastique rappelle l’architecture de certains fast-foods. Le cinéma Sierra Maestra, ex-Hollywood, ré-ouvert en 2010, est redevenu un pôle dynamique des activités culturelles d’Alger centre.

En marge du marché de la rue Ferhat-Boussad, dans laquelle une foule compacte ondule entre les stands, ce samedi 10 septembre, le festival Rock isn’t fun rassemble des centaines de jeunes arborant casquettes et converses. A l’entrée du cinéma, transformé pour l’après-midi en salle de concert, des gamins agités tentent à tour de rôle de déjouer l’attention du videur pour rejoindre leurs aînés qui patientent, cigarettes au bec, derrière les vitres. L’homme chargé de la sécurité, pesant et brutal, n’hésite pas à repousser les importuns à coup de pied .

Dans le hall, des nuages de fumée empestent l’air. Une foule de 15-20 ans patiente devant la porte fermée — il y a déjà une heure de retard sur le programme censé débuter à 14h30. Le concert a des allures de boum, mais les ados semblent excités et fiers d’être de la partie. Enfin, les portes s’ouvrent sur la salle aux 500 places. Des jeunes algérois en bande surgissent du square voisin dans un ballet confus de T-shirts à l’effigie des maîtres internationaux du métal (Slipknot, Metallica, Korn). Les quatre filles du groupe Hathor, ouvrent les festivités au son de leurs guitares. Dans la grande salle, les uns se pressent autour de la scène, tombent le T-shirt et secouent leurs torses imberbes comme des damnés. Les autres, dans les rangs de derrière, font la navette entre leurs groupes de potes où se mêlent garçons et filles : on se regarde, on se jauge, on se murmure à l’oreille les derniers potins.

Hathor joue pendant une grosse demi-heure des reprises pop-rock rapidement expédiées, de Zombie des Cranberries à Knocking on heaven’s door version Guns N’ Roses en passant par Cherry Bomb des Runaways. Et cela suscite l’enthousiasme de la foule qui grossit autour de la scène, hurle et frémit sans avoir recours à quelconque drogue, alcool ou même boisson énergisante. Seul un jeune au jeans moulant, arborant une crête iroquoise sur la tête, s’exclame dans un anglais approximatif pendant le morceau des Cranberries, dans un anglais approximatif : « What’s that shit about ? I want my mommy ! ». Puis, les covers de I love rock’n’roll et des White Stripes déclenchent une excitation crescendo au sein de tout le public, peu regardant sur les fausses notes de la chanteuse acclamée comme une rock star. Personne ne prend garde à la portée de chatons qui rampe cahin-caha sur les amplis gros comme des voitures.

Le deuxième groupe invité, Vintage, joue avec les instruments laissés par Hathor sur scène, la transition est rapide. Mais malgré une entrée en matière très punk, les Vintage reprennent aussi des classiques qui ravissent le public autant que les chansons issues leur répertoire. Metallica, Offspring… les paroles sont hurlées en chœur par le public.

Enfin, les petits derniers de Gremos Theory qui se revendiquent rock alternatif. Ils ne jouent sur scène que depuis le début de l’été 2011. Clôturant le festival, ils sont les seuls à ne jouer que leurs propres composition et ils devraient bientôt enregistrer un album.

Rock isn’t fun ? Un titre en trompe l’œil pour cet après-midi de concerts où un public jeune plutôt aisé a accueilli avec une frénésie bon enfant classiques des années 80 et 90 et créations made in Alger. Comme le dit le slogan du programme : « Faire partager le Rock, le pur Punk et sans oublier le rock alternatif… une grande passion en Europe, un nouveau monde en Algérie ! »

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