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Syrie 2010

Society

Au mois de février 2010, François Canavaggio, avocat et dessinateur, a reçu une carte postale de son ami Samir, un Belge d’origine marocaine, installé à Damas pour quelques mois afin de prendre des cours d’arabe. La carte représentait la grande mosquée des Omeyyades, et Samir a simplement écrit au dos « viens ici avec tes pinceaux mon ami ! ».

François n’est pas forcément un grand voyageur, mais il ne pouvait refuser cette invitation: « J’ai senti dans mon cœur qu’il était impératif que j’aille découvrir la Syrie immédiatement ». D’origine Corse, il n’avait jamais eu l’occasion de découvrir l’autre côté de la Méditerranée. En mars, François est parti pour un mois  en Syrie, avec ses pinceaux et un petit carnet qu’il a acheté pour le voyage. Ses dessins, présentés dans son blog, dépeignent à la fois la vie quotidienne et les monuments historiques de Palmyre, Damas, et Alep. Actuellement, il difficile de regarder ces observations de la vie ordinaire en Syrie sans ressentir une forte nostalgie.

Pour François, Damas était « synonyme de richesse, de diversité et surtout de fraternité ». « Jamais je n’ai rencontré autant de curiosité, de richesse intellectuelle et de sensibilité ». Ses dessins illustrent certains des nombreux personnages de Damas: les chauffeurs de services, les coiffeurs, les membres de la diaspora syrienne qui sont revenus afin de connaitre le pays de leurs parents, et toute une communauté d’européens originaires d’Afrique du nord, qui sont venus à apprendre l’arabe en Syrie. Le  pays est connu pour parler une langue arabe plus authentique, sans incorporer des mots anglais et français comme c’est le cas dans d’autres pays.

« Partout où je m’arrêtais pour dessiner, les gens venaient me voir dans la rue, s’intéressaient à ce que je faisais, avec sincérité et innocence ». Un jour, François a décidé de représenter Bachar Al-Assad dans son carnet, mais il n’a « pas osé » terminer son dessin. Chaque fois que les gens regardaient la page, leurs sourcils se fronçaient et ils lui demandaient pourquoi il avait voulu faire un tel dessin tout en lui conseillant de faire attention. Sur le coup, François resta perplexe : « Chaque échoppe de chaque souk comporte une photo du Président en grand format, et je n’ai pas le droit d’en faire un dessin dans mon petit carnet ? » À la réflexion, il admet qu’une photo peut être beaucoup plus objective qu’un dessin. Ça reste le seul dessin du carnet qui n’a été jamais achevé. « J’avais l’impression de rentrer trop loin dans leur intimité ».

François a continué à suivre les nouvelles de Syrie après son retour à Paris en avril 2010. « J’en suis toujours très attristé, mais je suis heureux que mon carnet ait pu retranscrire toutes ces belles choses que je ne reverrai plus jamais ailleurs que dans mon cœur ».

 

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